BELLE ÉPOQUE

Une « œuvre d’art totale » à la Belle Époque

A la fin du XIXe siècle, le site de Ripaille tombait en ruine. C’est alors que l’Alsacien Frédéric Engel-Gros, propriétaire des filatures D.M.C. et grand amateur d’art, tomba amoureux du site et en fit l’acquisition. Ayant fait appel à deux brillants jeunes architectes dont l’un avait travaillé à l’Exposition universelle de Paris de 1889, il restaura entièrement le domaine, ses bâtiments et son parc, entreprise gigantesque. Seule exception : il fit démolir une église du XVIIIe siècle – qui n’avait jamais été achevée – parce qu’elle cachait trois tours sur les quatre du château ainsi que la vue sur la Dent d’Oche, le « Cervin du Chablais ». Il mit à la place un jardin à la française, qui fait aujourd’hui l’admiration de tous.

Engel-Gros réalisa une véritable « œuvre d’art totale » dans le sens wagnérien, où tout s’harmonisait, les bâtiments, l’architecture et la décoration intérieures, les jardins, la vigne, les forêts. Il s’inscrivait dans un mouvement européen d’avant-garde, la « Burgenrenaissance » ou renaissance des châteaux-forts, qui se distanciait de l’historicisme d’un Viollet-le-Duc et qui n’hésitait pas – lorsqu’un bâtiment ancien était en ruine- à mélanger le style moderne avec le style ancien. C’est ainsi qu’à Ripaille partout où les bâtiments étaient en bon état, comme par exemple dans ce qu’on appelle aujourd’hui la chartreuse, Engel-Gros fit restaurer à l’identique ces édifices. Par contre là où les bâtiments étaient en ruine, ce qui était le cas notamment du château, il ne tenta pas une hypothétique reconstitution à l’identique de ce qui avait existé autrefois, mais fit une audacieuse création qui combinait style médiéval et Art nouveau, où se marquent particulièrement des influences d’Angleterre, d’Alsace, de Suisse et d’Allemagne.

Le Château de Ripaille est devenu ainsi une véritable vitrine des meilleures créations de ce style Art nouveau, qui s’appelait Arts and Crafts en Grande Bretagne et Jugendstil en Allemagne. Ceci apparaît non seulement dans les détails de l’architecture à l’intérieur du château, par exemple dans les boiseries ou les peintures du plafond, mais aussi dans tous les objets mobiliers que l’on a retrouvés et qui sont signés par les plus grands noms de l’époque, notamment des rideaux et des meubles de William Morris, le grand promoteur du style Arts and Crafts anglais et la fameuse fontaine qui se trouve au premier étage du château, réalisée par Max Laeuger, considéré comme un « Gallé allemand ».

La Fondation Ripaille s’est donnée pour objectifs dans les années à venir de restituer l’atmosphère du château en 1900. A ce jour deux pièces, la salle à manger d’hiver et l’ancienne cuisine ont été rénovées par la Fondation Ripaille.